Voici quelques éléments historiques qui vous aideront à comprendre la configuration actuelle du 8 ème arrondissement.
Bonne lecture…
Topographie du 8 ème arrondissement :
Le VIII° est limité au Sud par la Seine, au Nord par le col des Ternes entre les hauteurs de Chaillot et celles de Montmartre.
Le bras fossile de la Seine en occupe le milieu ; suivant la rue de Provence et la rue La Boétie, il rejoignait la Seine vive à Alma-Marceau ; il a été comblé à partir de 1150 à l’initiative des chanoines de Sainte-Opportune et le « Grand Egout » aménagé à sa place : c’est là que Jean Valjean transporte Marius et tombe sur Thénardier.
Les deux tiers de la surface du VIII° arrondissement sont inondables lors des crues décennales, ce qui, rapporté au sol naturel en fait l’arrondissement parisien le plus inondable (le cœur du Paris de la rive droite est sur une « plate-forme alluviale » insubmersible); en 1910, les Parisiens furent étonnés de voir devant la Gare Saint-Lazare la Cour de Rome sous les eaux.
Pour rehausser le sol, on a remblayé : six mètres de remblai au Rond-Point des Champs-Elysées, douze mètres au débouché de la rue Pierre Charon. Concurremment, on a aplani les raidillons de la rive convexe de l’ancienne Seine : la place de l’Etoile et la rue Balzac ont été creusées de sept mètres au XVIII° siècle, le boulevard Malesherbes et ses abords débarrassés sous Haussmann de millions de mètres cubes de terre – au carrefour de la rue de la Bienfaisance, le sol naturel était au niveau du quatrième étage des immeubles actuels.
Administration :
Sous Louis XIII, à la suite du démantèlement du rempart de Charles V et de la construction du Palais-Cardinal (l’actuel Palais-Royal), la limite fiscale qui séparait la ville, assujettie aux « aides », du territoire rural astreint à la taille, fut portée aux « Fossés Jaunes » transformés peu après en boulevards à la mode nouvelle ; boulevard perd son sens de « rempart » pour devenir une promenade : boulevards des Italiens, des Capucines, de la Madeleine.
En 1674, on prétendit fixer des frontières au droit de bâtir ; des bornes furent posées dans les faubourgs, annexés peu après à l’un ou l’autre des seize quartiers de Paris. Le faubourg Richelieu, réuni au IX° quartier, s’étendait de Saint-Philippe du Roule à l’Opéra ; le faubourg Saint-Honoré (X°quartier) occupait le bas des Champs-Elysées.
Cette histoire d’enceinte fiscale muée en limite administrative s’est répétée sous la Révolution ; le Second Empire, lui, renouera avec le moyen âge en faisant coïncider enceinte militaire et limite administrative.
Le 21 mai 1790, les limites de la ville furent repoussées à l’enceinte des Fermiers Généraux, périmètre fiscal bâti de 1785 à 1789 pour maîtriser la fraude : l’avenue de Wagram, les boulevards de Courcelles et des Batignolles.
Les barrières où était perçu l’octroi étaient décorées de bureaux monumentaux en style néo-classique édifiés par Ledoux ; quelques-uns subsistent dont la Rotonde du Parc Monceau.
Paris est alors divisé en 48 sections de population à peu près équivalente ; les sections furent regroupées par quatre et formèrent 12 municipalités. Plus tard, les sections devinrent des quartiers et les municipalités reçurent le nom d’arrondissements.
La 1ère municipalité regroupait alors la section des Champs Elysées, du faubourg Saint-Honoré à la Seine, celle du Roule, entre le faubourg Saint-Honoré et l’enceinte, celle de la Place Vendôme (c’est-à-dire l’actuel quartier de la Madeleine) et celle des Tuileries (à peu près l’actuel 1er arrondissement).
Le 26 mai 1859, la Chambre des députés vota le report des limites de la capitale à l’enceinte bastionnée bâtie de 1841 à 1845 à l’initiative de Thiers comme un défi aux puissances européennes et une menace aux classes sociales dangereuses. La mesure était effective au 1er janvier 1860. Le nouveau Paris était divisé en 20 arrondissements, donnant naissance au 8èmearrondissement tel qu’il est encore aujourd’hui. Territoire de 388 hectares, il est peuplé en 1860 de 50 000 habitants ; le même territoire n’en avait pas 15 000 en 1800 ; le pic de population sera atteint en 1891 (108 000h) pour ensuite redescendre à 68 000 en 1968, 39 000 en 1999, 41 000 en 2007.
Comme le 1er arrondissement qu’il remplaçait, le nouveau 8ème était divisé en quatre quartiers avec des fonctions de police : Champs-Elysées, Faubourg du Roule, Europe et Madeleine. Le quartier administratif a été une réalité vécue par les Parisiens jusqu’en 1940 ; il s’est ensuite effacé des représentations. On a récemment ressuscité des « comités de quartier » sans rapport avec les quartiers de 1860.
Politique :
Les élections, directes ou à plusieurs degrés, sous la Révolution, ne donnent pas l’image d’un territoire particulièrement à droite. La caractéristique serait plutôt l’absence de vie politique, dans un secteur calme ; quand Louis XVI revient de Varennes, il contourne la ville par les boulevards circulaires, et, escorté par La Fayette à la barrière de Monceau, rentre aux Tuileries par l’Etoile et les Champs Elysées. Notons cependant que la « Jeunesse dorée », dont le rôle dans la défaite des sections révolutionnaires fut déterminant, a ses hauts lieux autour de la Concorde : rue et faubourg Saint-Honoré – préfiguration des grandes manifestations de droite à la Concorde et aux Champs Elysées en 1934 et 1968.
L’élection de Louis-Napoléon et les plébiscites du Second Empire montrent un 8ème plus « impérialiste » que le reste de la capitale. L’arrondissement sera à la pointe du boulangisme, rêvant de voir le brav’général sur son beau cheval noir s’installer en son cœur, au palais de l’Elysée. Il est vrai que c’est Paris tout entier qui bascule à droite à ce moment – une droite nouvelle revigorée d’un nationalisme venu de la gauche.
C’en est fini de l’opposition vieille d’un siècle, un Paris de gauche en face d’une France de droite.
Depuis la Belle Epoque, le 8ème forme avec le 7ème, le 16ème, la moitié du 17ème, d’abord le 9ème et maintenant le 6ème, « l’Ouest parisien » où la droite règne en maîtresse, une droite bien assagie. Maurice Couve de Murville fut régulièrement réélu député du VIII° arrondissement. Candidat à l’élection présidentielle, Valéry Giscard d’Estaing avait installé son Q.G. rue de la Bienfaisance.
Société :
Le 8ème n’a pas toujours été l’arrondissement uniformément cossu d’aujourd’hui. A côté du faubourg Saint-Honoré qui se garnit d’hôtels particuliers au XVIII° siècle – le premier construit en 1718, l’Hôtel d’Evreux, passé à la Pompadour, maintenant l’Elysée –, il y a la « Petite Pologne », village de chiffonniers évoqué par Balzac dans « la Cousine Bette », à l’emplacement de l’actuelle église Saint-Augustin, ou la « Butte aux Lapins » dont parle Chateaubriand, entre le boulevard Haussmann et le Parc Monceau. Sous la Révolution et l’Empire, le nombre d’indigents secourus était dans la moyenne parisienne. Jusqu’à Haussmann, l’arrondissement a d’ailleurs abrité toute une gamme d’activités industrielles : métallurgie, construction mécanique, ou polluantes : voiries, abattoirs.
A partir de 1815, le faubourg Saint-Honoré représente une aristocratie plus ouverte, entre la « vieille » noblesse du faubourg Saint-Germain (7ème arrt) et la nouvelle bourgeoisie d’affaires de la Chaussée d’Antin ou de la rue Laffitte (9ème arrt).
Déjà en 1850 on voit l’actuel 8ème arrondissement concentrer la densité la plus élevée de domestiques de la capitale ; une fois l’haussmannisation achevée et l’arrondissement nettoyé, en 1880, c’est dans le 8ème qu’on observe les loyers les plus hauts : en moyenne, ils dépassent 8 000 francs par an, à comparer aux 500F du Sud parisien, aux 200F de l’Est, à rapporter au salaire ouvrier annuel, 1 300F, au budget d’une famille de bonne bourgeoisie, 10 000F.
L’haussmannisation a homogénéisé l’arrondissement en éloignant les industries, supprimant les bidonvilles, en perçant l’avenue Marceau, l’avenue Georges V, l’avenue de Friedland, l’avenue Hoche, le boulevard Haussmann, le boulevard Malesherbes, la rue de Rome, en transformant le Parc Monceau. On est dans le Paris de Marcel Proust, qui mélange les aristocraties, les bourgeoisies et le monde des arts, fusion dont le Neuilly d’aujourd’hui donne une version fade et postmoderne. Proust habite chez ses parents, 9 Bd Malesherbes, puis 45 rue de Courcelles ; 122 Bd Haussmann, il rencontre Mme Straus, 31 rue de Monceau Madeleine Lemaire ; il écrit la « Recherche », calfeutré 102 Bd Haussmann ; et c’est dans les jardins des Champs-Elysées que le narrateur jouait aux barres avec Gilberte…
Ce monde qui paraît superficiel donne son sang et son argent pendant la Grande Guerre ; la bourgeoisie parisienne a un pourcentage de tués supérieur à celui des autres groupes sociaux, et le 8ème a été, de tous les arrondissements, le plus efficace dans la mise en place d’actions caritatives et d’aides sociales.
Dans l’entre-deux-guerres, le centre des affaires se déplace du 9ème au 8ème arrondissement, transformant les appartements en bureaux, augmentant la vie de l’arrondissement dans la journée tout en diminuant sa population résidente. En même temps les Champs-Elysées commencent à supplanter les Grands Boulevards comme lieu de flânerie et de consommation. Le phénomène s’est poursuivi sous les Trente Glorieuses et l’arrondissement présente deux facettes : au Sud, un quartier d’affaires remuant, avec la présence du luxe et de la vie nocturne, une population nomade importante ; au Nord, la vie des affaires se double d’une population résidente familiale, à peine boboïsée.
De la Madeleine aux Champs Elysées :
Des quartiers du 8ème, deux sont issus de villages dont on a des témoignages au XIII° siècle, et vraisemblablement très antérieurs : la Madeleine et le faubourg du Roule.
Le long de la route qui prolonge la rue Saint-Honoré, on trouve d’abord La Ville-l’Evêque – l’évêque de Paris en est le seigneur, et une rue en garde encore le nom. Elle devient une paroisse, et son église consacrée à Marie-Madeleine, Marthe et Lazare en 1205 ; réédifiée après 1492, elle se trouvait à l’emplacement du 8 Bd Malesherbes.
En 1750 la ville choisit le terrain vague à l’Ouest du Jardin des Tuileries pour y aménager une place royale, la cinquième. Retenu pour faire la synthèse des projets, Jacq-Ange Gabriel intègre dans sa composition une nouvelle église de la Madeleine, reliée à la place par une avenue, la rue Royale. Entreprise en 1763, la construction ne fut achevée qu’en 1845, sous la forme de temple grec que lui avait donné son dernier architecte, Vignon. La nouvelle Madeleine, brièvement sous Napoléon « Temple de la Gloire », devint le centre d’un plan d’urbanisme, qui attendit cinquante années d’être mis en oeuvre, avec un premier boulevard Malesherbes qui négligeait le coude qu’on lui infligea à Saint Augustin et montait droit à l’assaut de la barrière Monceau (actuelle place Prosper Goubaux) – c’est seulement l’égout grand collecteur qui a gardé cette orientation ; il passe sous la rue du Général Foy.
Sous la Restauration, le quartier de la Madeleine fut la proie des spéculateurs. César Birotteau s’y ruine, ce qui permet à Balzac de truffer son roman d’une « Histoire générale des faillites », dont l’intérêt a été l’objet d’appréciations contrastées.
Le second boulevard Malesherbes, percé par Haussmann en 1854, entraîna la destruction d’hôtels particuliers splendides construits seulement vingt ou trente ans plus tôt – on gardera jusqu’en 1871, jusqu’aux destructions de la Commune, le goût du neuf hérité de l’ancien régime, qui donnait au bâti un aspect viager et le marquait du sceau du provisoire.
Plus loin sur la route de Rouen, à une lieue de la porte Saint-Honoré, il y avait la léproserie du Roule, près de laquelle s’agglutinèrent des cabanes de paysans. Avec la mise en culture des marais du bras mort de la Seine, le lieu augmenta sa population et Paris s’y fournissait en légumes frais. Une chapelle dédiée à saint Jacques et saint Philippe est attestée en 1217.
En 1640 on installa une pépinière royale à la hauteur de l’actuelle rue de Berri – elle fut transportée plus à l’Est au XVIII° siècle. Des maisons commencèrent à border le faubourg Saint-Honoré sur toute la longueur.
Près de l’Etoile, sur les hauteurs du Roule, le financier Beaujon avait aménagé en 1780 un immense jardin, transformé en parc d’attractions – un « Tivoli », comme on appelait les ancêtres de Disneyland, d’après le plus célèbre, celui de la rue Saint-Lazare. Il fut vendu en 1825 à des spéculateurs, dont l’ancienne « merveilleuse » Fortunée Hamelin, qui firent percer les rues Lord Byron, Chateaubriand et Balzac(d’abord appelée rue Fortunée), fermées par des grilles. L’affaire se révéla laborieuse, comme d’ailleurs les autres spéculations immobilières des années 1820 ; le retournement économique fit éclater la bulle immobilière. Il faudra attendre 1833 pour que le marché de la construction à Paris retrouve son allant : mais on construit sous Louis-Philippe moins bien, et ailleurs, pour une population immigrée dont le déferlement devient alors une opportunité…
On n’est pas étonné donc de voir la même histoire se répéter dans deux autres quartiers nés de l’imagination spéculative de la Restauration, le quartier de l’Europe et le quartier François 1er.
A partir de 1821, le préfet Chabrol encourage des sociétés immobilières à créer des quartiers neufs, à charge pour elles de céder à la ville les voies ouvertes, de supporter les frais d’éclairage et d’obéir à des règlements de voirie drastiques. C’est alors que le banquier Hagerman et le serrurier Mignon s’associent et acquièrent la plaine des Errancis (ce qui veut dire les « estropiés »), lieu en pente raide peuplé seulement de moulins à vent. Le nom un peu sinistre avait été illustré par le cimetière, au coin de la rue de Monceau et de la rue du Rocher, où avaient fini les dépouilles de Robespierre et de Philippe-Egalité, sorte de jumeau plébéien du cimetière de la Madeleine, qui lui avait reçu les corps de Louis XVI et de Marie-Antoinette (la Chapelle Expiatoire).
Pour lotir le terrain, Mignon et Hagerman choisirent un plan en étoile, avec une place centrale dite de l’Europe, orthogonale, d’où rayonnaient des voies baptisées du nom des capitales européennes. Ce qui était moins un tribut à une quelconque « idée européenne » que le rappel codé des conquêtes napoléoniennes ; une gigantesque statue de l’Empereur fut d’ailleurs proposée en1830 pour orner la place.
Mais le chemin de fer vient tout bousculer ; face au capital de Pereire, l’immobilière Europe c’est le pot de terre contre le pot de fer. En 1835, un embarcadère est créé en contrebas de la place de l’Europe pour la ligne du Pecq, en service deux ans plus tard. L’axe monumental majeur du quartier est détruit, les voies rayonnantes réduites de huit à six – les rues de Londres, de Vienne, de Madrid, de Saint-Pétersbourg qui fut un temps de Leningrad, de Constantinople jamais devenue d’Istanbul, de Berlin définitivement répudié pour Liège . Les deux voies manquantes sont remplacées par la tranchée du chemin de fer, qui va finir par attaquer jusqu’à la place, en faisant une espèce d’insecte à six pattes suspendu au-dessus du vide ; l’effet est assez prodigieux. D’abord en métal, et prétexte d’un tableau de Caillebotte où le véritable sujet est un chien, la place de l’Europe devenue pont de l’Europe a ensuite été reconstruite en béton armé.
Le quartier de l’Europe n’eut pas le succès escompté ; ses promoteurs s’occupèrent à revendre les lots et à agrandir le terrain vers le parc Monceau, ce qui se révéla judicieux. Seuls quelques immeubles furent construits, près du carrefour de la rue de Londres et de la rue d’Amsterdam. Sur une image populaire à la gloire du chemin de fer, vers 1840, on voit l’embarcadère de l’Europe et au fond, la Butte Montmartre ; le reste est vide, à part un curieux immeuble d’angle de quatre étages, édifié là, on ne sait trop pourquoi.
Il faudra attendre 1860 pour que le quartier s’urbanise et trouve sa physionomie actuelle, en tenant compte de deux présences majeures : la gare Saint-Lazare, avancée de l’embarcadère primitif en direction du terminus rêvé à la Concorde, agrandie à trois reprises, et le parc Monceau, à l’inverse réduit par les Pereire à 40% de l’ancien parc du duc d’Orléans. Le reste est loti, permet le passage du nouveau boulevard Malesherbes dévié vers l’Ouest, et se couvre d’hôtels particuliers, dont les trois de la famille Menier (le chocolat), et le dernier, de 1912, celui des Camondo.
Le quartier des Champs Elysées ne tient des Champs que la rive à l’ombre, celle du Fouquet’s, qui ne vaut que les deux tiers de l’autre ; il s’étend jusqu’au cours la Reine, établi en 1628 par Marie de Médicis, nostalgique des promenades au bord de l’Arno. A la limite du 16ème arrondissement, le village de Chaillot n’a pas laissé de trace dans une topographie renouvelée au XIXe siècle.
En 1822 une Société des Champs Elysées conduite par l’architecte Brack essaya de lancer l’endroit en remontant pierre par pierre une maison Renaissance trouvée à Moret et baptisée Maison François Ier. L’année suivante furent ouvertes les rues Bayard, Jean Goujon et la place François Ier. La crise de 1826 mit l’affaire en sommeil. L’urbanisation ne reprit que sous le Second Empire. Devenu le siège de la mode et des médias, le Triangle d’Or s’enorgueillit d’avoir le mètre carré le plus cher de Paris, caracolant devant Saint-Germain des Prés, le Marais et l’Ile Saint-Louis.
C’est la résidence de Louis XIV à Saint-Germain-en-Laye, de 1666 à 1681, avant l’installation définitive à Versailles, qui permit l’éclosion du projet d’une liaison entre les Tuileries et Saint-Germain (on notera que la première ligne de chemin de fer en 1837, joignait St Germain à Paris, ainsi que la 1ère ligne de RER aménagée entre 1962 et 1968). Le Nôtre dessine un prolongement de l’allée des Tuileries jusqu’à Chaillot, puis jusqu’à la Défense ; les terrains nécessaires seront acquis par Colbert, puis nivelés par le marquis de Marigny, le frère de la Pompadour. Les avenues Montaigne et Franklin D. Roosevelt sont tracées entre les Champs Elysées et le Cours la Reine. Au XVIII° siècle, c’est l’actuel Rond-Point des Champs-Elysées qu’on appelle l’Etoile, et on précisera longtemps pour éviter la confusion « l’Etoile de Chaillot » pour désigner la place qu’on nomme maintenant Charles de Gaulle.
Le Rond-Point est le lieu de rencontre des deux Champs-Elysées : en bas les promenades, les spectacles (le Cirque, les théâtres), les restaurants, les expositions universelles (le Palais de l’Industrie, le Grand et le Petit Palais) ; en haut, les Champs Elysées bâtis. Une photographie prise du haut de l’Arc de Triomphe, dans les années 1840, montre une urbanisation achevée, mais de façade. Il n’y a que des hôtels particuliers, de grands jardins, aucun commerce.
Le premier commerce à s’installer fut la carrosserie et les métiers adjacents, au service des équipages qui allaient au bois de Boulogne, en suivant la tradition du pèlerinage à Longchamp de l’ancien régime. L’automobile a remplacé la voiture à cheval, et dans l’entre-deux guerres les grandes marques y ont installé leurs vitrines. Bientôt cependant, l’invasion des contre-allées par l’automobile, tel qu’on peut le voir dans « A bout de souffle » de Godard, a paru desservir les intérêts du commerce. Le Comité des Champs-Elysées de Roland Pozzo di Borgo (1983) et l’association « Remontons les Champs-Elysées » (1987) se sont donné pour objectif de doter les Champs de larges trottoirs, permettant d’intenses déambulations, d’un éclairage et d’un mobilier urbain renouvelés – tâche menée à bien quelques années plus tard. L’effet a été double : un boom économique qui place les Champs à la troisième place dans le monde en ce qui concerne le prix du mètre carré commercial, derrière ses homologues de New York et de Hong Kong ; et la promotion des Champs en capitale du sport et en lieu de rencontre des supporters, où le sport joue pleinement son rôle de revanche sociale ou ethnique et de correcteur démocratique, en introduisant la France « black blanc beur » au cœur du luxe et de l’argent. En 1998, la célébration de la victoire des Bleus dans la Coupe du Monde de football a constitué une acmé, qu’on peut avoir la tentation de rejouer en mineur tous les 1er janvier.


